Résidence Tremplin de Mathilde Denizart
Août 2021

Mathilde Denizart, fraîchement diplômée de l’École Européenne Supérieure de l’Image, a été reçue en résidence à L'ÉCOLE durant le mois d’août 2021 sur sélection d’un projet prometteur, qui associait l’histoire très intime des femmes de sa famille à celle, plus lointaine, des habitants de Grande Champagne. Ces derniers, elle avait appris à les connaître en 2018 à l’occasion d’un travail collectif et découvert leur attachement aux pierres et à la culture contemporaine. La résidence imposait également « un autre rapport à la temporalité », une « rupture » qui rappelait celle du confinement, une immersion profonde dans sa propre histoire qui devait se nourrir des influences extérieures : Ma pratique étant très poreuse à l’environnement, je me laisserais la liberté de pouvoir faire entrer en écho ce projet et le territoire de la résidence…

 

À l'origine de ce projet, il y a ce constat : je ne porte pas le nom de ma mère, qui ne porte pas le nom de sa mère, mais je porte le nom de mon père qui porte le nom de son père. Les femmes de ma famille ont porté aux moins deux noms dans leur vie : le nom de leur père et celui de leur mari. Un homme, lui, garde son nom tout au long de sa vie. Seule ma mère a gardé son nom dit « de jeune fille » et elle n'a pas pu me le transmettre. Alors, qu'est-ce c'est, le nom d'une femme ?

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La résidence artistique à L’ÉCOLE m'a permis pendant un mois d'étudier tout le matériel de mémoire familial que j'avais à ma disposition : de grands draps brodés aux initiales inconnues et un important bagage généalogique, collecté par mon père auprès de mes grands parents et de mes arrière-grands-parents. J’ai pu prendre le temps nécessaire pour étudier les broderies et me les réapproprier, interroger mes parents et grands-parents, sur leur famille, leurs souvenirs. Ce travail d'archéologie et de réception de la mémoire m'a fait plonger en profondeur au cœur de ces destins de femmes à travers les générations.

C'est avec la volonté de les mettre à l'honneur et de leur rendre hommage que j'ai orienté mes recherches, en me laissant la liberté de créer rapidement, sur des envies aussi simples que « porter un nom, porter un vêtement ». Motifs fleuris et chatoyants, perles multicolores et nacrées, strass et sequins, peintures et laines fluo m'ont permis de travailler le tissu à ma façon. Ce matériau, indissociable, de la domesticité, a pris différentes formes et significations tout au long de cette résidence.

Ici, draps, robes et mouchoirs tentent de compléter les silences de mon arbre généalogique.

Mathilde Denizart - septembre 2021

Mathilde Denizart - résidence Août 2021
Mathilde Denizart, installation « Le nom des femmes », septembre 2021